Problématique du thème « Être ou avoir un corps »
Platon, dans le Phédon, au sens où la mort est la séparation de l'âme et du corps, qui délivre l'âme du souci d'avoir à le soigner et lui permet de s'exercer librement à ses activités propres, en tant qu'immortelle (penser, philosopher).
Descartes, qui reprend la démonstration de l'immortalité de l'âme du Phédon, en montrant qu'on peut douter d'avoir un corps, puisque nous nous trompons en rêve à son sujet, mais que l'exercice de la pensée à travers le doute prouve que nous existons comme sujet exposé à des rêves, ce qui s'exprime à travers le "je pense, je suis, je suis une chose qui pense, l'âme est plus facile à connaître que le corps", etc.
Les auteurs des lumières ont entériné la division du sujet cartésien, en modifiant la méthode de la métaphysique, la statue de Condillac "est" l'odeur de rose, avant que ses opérations ne se différencient et qu'elle ne commence à réfléchir en objectivant son propre corps.
C'est la sensibilité qui change de statut chez eux, et qui conditionne toute la connaissance, l'apparition des idées étant très progressive et dépendante des expériences.
Mais il y a des penseurs qui triomphent de cette opposition, Nietszche, antiplatonicien, pour qui le corps est une "grande raison", et la subjectivité, y compris celle des philosophes, "expressive" d'une volonté de puissance ou de vivre qui est celle d'un corps indistinctement âme il vaut mieux dire : "sujet".
Enfin les penseurs de l'existence ont rendu le "sujet" indistinctement âme et corps: c'est à travers ma conscience que j'aperçois ce que "exister" signifie quand je mesure que le temps, sans dieu, est un pur passage, un flux instantané, une abolition ou un anéantissement. Je ne dois qu'au fait d'être pensant la perception du passage lui-même comme articulé par les trois temps, passé (du souvenir), avenir (de l'attente), et présent (de la présence et de la durée, de l'être): il n'y a d'être que pour un sujet qui résiste à la mort ou au rien, en pensant et par la pensée, à l'abolition, à la néantisation propre à toute chose dite "exister", mais à tort, l'homme seul "existant" au sens où il pense. Exister veut dire se manifester au dehors, s'élever, passer à un degré supérieur de perfection, comme la plante fleurit, phusis en grec veut dire la nature comme ce qui fuse et se montre. C'est encore la thèse du primat du sujet pensant, comme plus facile à connaître comme existant que tout ce qui est comme corps, et comme condition de toute représentation et pensée du corps. C'est cependant à travers le corps perçu et ressenti que je détermine ma condition, finie, mortelle, vulnérable, fluente, etc. Je finis bien par "être" ou par me définir essentiellement comme "mon" corps, ici et là.
La problématique de l'avoir et de l'être me vient d'une réflexion sur le principe de droit "habeas corpus ad subjiciendum", "tu as un corps à assujettir", au principe de la liberté personnelle d'après les Anglais, et des réflexions plus récentes de Michel Foucault sur les fondements de la politique : les Etats n'ont de prise que sur les corps, ils gèrent des corps parce que nous sommes libres au for intérieur, on ne peut sanctionner pénalement les sujets que sur leur avoir et leurs dépendance dans l'espace, donc dans leur corps, leurs biens, leurs propriétés, leur réputation, etc. au sens de l'avoir. Les penseurs spiritualistes seraient d'accord.
10.1.09
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